Le village - De 1789 à aujourd'hui

Celle-ci se fit sentir rapidement dans toutes les communes de France. Bailly était encore alors important. Il comptait 643 habitants. Il dépendait du baillage de Neufchâtel-en-Bray, secondaire du baillage de Caux. Le 8 mars 1789, une assemblée électorale se réunit et dressa « un cahier de plaintes, doléances et remontrances ».

 

Devant Charles Creton syndicé comparurent dix-neuf villageois de Bailly : Joseph Breton, Nicolas Vaillet, Pierre Vassard, Benoit Huisse, Hubert Malet, Joseph Fleury, Nicolas Dage, Nicolas Holingue, Jacques Vaillant, Louis Jovelin. Antoine Hamel, Jean-Baptiste Graffard, Nicolas Dumont, Pierre Le Vasseur, Antoine Grandpierre, Jacques Laignel, Louis Feuques, Antoine Moréant, Louis Guénier. Députés : Pierre Vassard et Benoit Huisse.

 

Ce cahier de doléances révèle la pauvreté de la population à l'époque. Il indiquait notamment : « II se trouve dans la paroisse de Bailly 163 feux (foyers) dans laquelle il s'en trouve presque la moitié à la mendicité par de petites occupations et nombre d'enfants et l'autre partie faisant valoir un mauvais terrain dans l'étendue de toute la paroisse par la mauvaise position du terrain dont la plus grande partie des terres se trouve en pente et perd son engrais par des pluies et des orages qui surviennent et qui, avec l'engrais, emportent la terre et inondent les fonds ; une autre partie en cours et pâtis qu'on ne peut labourer, une autre qui ne vaut pas les frais de labour. « Il se trouve plusieurs gros décimateurs (les curés avant la révolution étaient de droit les décimateurs de leur paroisse, c'est-à-dire qu'ils percevaient la dîme) dont la paroisse est composée de trois curés qui rendent les cures très médiocres et que les curés vivent avec peine. « La paroisse est surchargée d'impôts et la plus grosse à charge est le sel >>. « Demande en outre que la banalité des moulins soit anéantie et que l'on soit libre d'aller aux endroits où l'on sera le plus content. « Que la dîme de seigles soit anéantie puisque nous lions les autres grains avec, ce qui fait que nous la payons deux fois. Comme aussi la dîme de cochon de lait, volailles, laine et agneaux, puisque nous les nourrissons avec les grains déjà dîmés. Que le sel soit libre.

 

« Que la France soit réunie en pays d'Etat. Que chacun paie une égale portion de son revenu, que les gabelles, les gardes de sel soient abolies, que le commerce soit libre tant par mer que par terre sans payer de droits, que les abus des gardes-haras soient réformés vu qu'ils sont rares et les droits chers, que les fermiers se trouvant abusés en payant fort cher et n'ayant point de poulains, il leur soit permis d'avoir un bon cheval pour faire des poulains dans leur écurie pour la culture et le bien de l'Etat. « Que l'entrée dans les villes et bourgs soit libre tant pour les boissons que pour d'autres marchandises sujettes à entrer dans les villes et bourgs. Que les curés de chaque paroisse soient obligés de réparer leur presbytère sans aide des propriétaires. Que la taille et autres impositions royales soient assises par la municipalité de chaque paroisse ; que toutes les choses soient égales à proportion de son occupation.

 

« Que les seigneurs et curés de paroisse taisant valoir soit leur bien ou bénéfice, soient sujets aux mêmes impositions que tous les autres particuliers. Il est aussi de l'intérêt que tous les poids et mesures soient égales. « La suppression du droit de franc fief pour les roturiers. Que la noblesse paie de même que lesdits roturiers. Que les colombiers soient totalement détruits vu que les pigeons sont des animaux ruineux dans les moments de semence et récolte... Que le tirage de la milice soit anéanti puisqu'il se trouve dans les villes assez de jeunes gens pour servir le roi et qui cherchent à le servir. Que les domestiques des seigneurs et des curés soient sujets au même sort que les fils de laboureurs et de commerçants... « Nous demandons que les chemins voisins pour aller dans les bourgs et villes soient remis en état aux dépens des riverains et bénéficiés des paroisses ». Suivent les signatures. Toutes ces revendications révélaient le mécontentement et la pauvreté des habitants de Bailly.

1790

Le 18 novembre 1790, l'assemblée des citoyens actifs du canton fut convoquée à Envermeu pour la constitution des assemblées administratives. Cette assemblée fut divisée en deux sections, pour procéder à l'élection d'un juge de paix pour tout le canton. La deuxième section se tenait dans l'église de Saint-Laurent d'Envermeu, et était compose des paroisses de Saint-Laurent d'Envermeu, Saint-Jacques-d'Aliermont, Saint-Nicolas d'Aliermont, Tourville-la-Chapelle et Bailly en-Rivière.

1793

Cependant, l'approvisionnement de la région se révélait toujours difficile. Le citoyen Jouen, maire de la commune d'Envermeu fit connaître, le samedi 28 septembre 1793, que malgré les réquisitions qui avaient été faites aux communes du canton qui devaient approvisionner la halle d'Envermeu, il ne se trouvait point de « bled » en nombre suffisant pour le ravitaillement de la population et qu'il convenait d'y mettre ordre dans le plus bref délai. « En conséquence, le corps municipal arrête que chaque commune aiderait l'arrondissement pour fournir l'approvisionnement de la halle, fournirait à ses individus le grain qui leur serait nécessaire pour cette semaine seulement ». Or, trois jours plus tard, le mardi l'" octobre 1793, sur le refus du citoyen Jean-Baptiste Saint-Ouen, meunier à Bailly-en-Rivière, d'apporter à Envermeu la quantité de neuf boisseaux de blé qui lui avait été imposée, les citoyens Jouen, maire, et Le Roy, commissaire aux subsistances, ordonnèrent à un détachement de dix hommes de se rendre au domicile dudit meunier, au hameau de 1a Carrière jusqu'à ce qu'il ait apporté le double de la présente réquisition qui lui a été faite ledit jour 28 septembre, le tout à ses frais, à raison de vingt-sept sols par homme. Le moulin à blé du hameau de la Carrière, commune de Bailly existait encore, en effet, à l'époque. On pouvait lire en 1933 sur ce moulin : « Entré vous a le moudre. Ici repose le meunier de la Carrière faisant de la farine de la première qualité.

 

An II

A Paris, à la guerre étrangère et aux insurrections royalistes, la Convention répondait alors par la création du Comité de Salut Public. Dans toutes les régions se recrutaient des « défenseurs de la patrie ». Le 18 frimaire an II, sur une réquisition du citoyen des Estango, adjudant de la région de la côte du district de Dieppe, les paroisses de Bailly-en-Rivière et de Saint-Laurent d'Envermeu furent tenus <le fournir un contingent de vingt-cinq lits « et que le tout soit prit pour demain soir au plus tord pour loger les défenseurs de la patrie, de passage ».

 

Le 11 floréal an II, il est procédé à une levée de chevaux, voitures et charretiers, conformément à la lettre du Comité de Salut Public en date du 5 germinal dernier, par le citoyen Jouen, maire d'Envermeu, président de la commission. Bailly-en-Rivière, Bellengreville, Derchigny, Auberville et Villy-le- haut furent tenus de fournir quatre chevaux, une voiture et un charretier, lesquels durent se rendre à Dieppe le 13 floréal, sur les 9 heures du matin, place du Champ-de-Mars, pour être passés en revue par le citoyen Picouet.

 

Le 6 messidor an II, pour assurer le ravitaillement en grains de la commune de Rouen, sur la requête de l'administration du district de Dieppe, les officiers municipaux d'Envermeu doivent désigner des commissaires pour se transporter dans chaque commune du canton pour y relever les déclarations exactes des subsistances que chaque particulier peut avoir en pain et farine. Est nommé pour la commune de Bailly, le citoyen Degrege. Le 11 fructidor an II, par arrêté du conseil général de la commune d'Envermeu, les deux tiers des paroisses, dont Bailly-en-Rivière qui d'ordinaire approvisionnaient dans l'ancien régime, chaque samedi, la halle d'Envermeu, sont tenus d'en continuer l'usage.

 

An III

Comme la pénurie de subsistances de « première nécessité à la vie » ne peut suffire à ravitailler les individus qui se trouvent munis de certificats délivrés par leur municipalité et assurer l'approvisionnement de la halle, le conseil général d'Envermeu délibère qu'à l'avenir, à partir du prochain marché, la halle d'Envermeu sera approvisionnée de cinquante sacs de blé. Bailly est imposé pour sept sacs. Le 19 brumaire an III, le citoyen Helbourg, pour Bailly-en-Rivière, est désigné pour relever l'état des enclavements. Cependant, la disette continue à sévir. Le 8 nivôse an III l'agent national d'Envermeu envisage que la halle soit toujours approvisionnée de quatre-vingts sacs de blé. Bailly-en-Rivière doit fournir douze sacs.

An IV

La récolte a été faible. La municipalité d'Envermeu prend de nouvelles décisions « pour arracher le peuple à la famine ». Bailly-en-Rivière doit fournir soixante-trois boisseaux de blé et six boisseaux d'orge. Pour donner aux cultivateurs venant livrer à la halle d'Envermeu la garantie et la sûreté de leurs personnes et pour éviter les émeutes, le conseil général d'Envermeu donne ordre au capitaine de la garde nationale de commander un détachement de vingt hommes armés pour s'y rendre à chaque jour de marché. Certaines communes, dont Bailly-en-Rivière n'ayant pas obtempéré pour la totalité de leur réquisition, trois jours plus tard (le 19 vendémiaire), Bailly fut assigné de porter le lendemain, à la halle d'Envermeu, son complément d'imposition soit douze boisseaux de blé. Le citoyen Allix, procureur de la commune ayant démissionné, son substitut le citoyen Boulard, est autorisé à poursuivre les municipalités des paroisses défaillantes. Le jour du marché arrivé, plusieurs communes dont Bailly n'ayant pas justifié de leur répartition, le substitut Boulard décide que pour prévenir les dangers qui pourraient résulter si le peuple qui se trouve à la halle venait à se livrer à des excès, qu'il n'y a plus de mesures de douceur à prendre. Il ordonne de se rendre dans les dites communes dont Bailly-en-Rivière, accompagnés de batteurs de blé, chez les cultivateurs réfractaires. Ainsi donc, Bailly, qui comptait alors 643 habitants connaissait, comme tout le pays, les difficultés de la période révolutionnaire. Le château avait cessé d'être la propriété des seigneurs. En effet, son propriétaire Antoine-Aimable de St-Ouen était décédé à Courcelles, près d'Aumale. Ses enfants étant mineurs, le château fut adjugé, suivant jugement rendu par le tribunal civil de Dieppe le 13 août 1791, à M. Jean-Baptiste Viallet-Desgranges, propriétaire demeurant à Dieppe, rue de la Barre. Par ailleurs, nous avons vu que jusqu'alors, trois curés desservaient Bailly, divisé en trois portions, dont l'une était occupée par le puissant seigneur de Bailly.

1803

Avant la Révolution, chaque portion, c'est-à-dire chaque cure avait donc son curé. Chacun des curés exerçait à son tour et « faisait sa semaine ». Ils avaient de plus quatre chapelains, pour les aider, car il existait en dehors de l'église de Bailly, quatre chapelles : soit au total sept prêtres. A partir de 1803, il ne resta plus pratiquement à Bailly qu'un seul prêtre desservant : l'abbé Pruvost, de septembre 1803 jusqu'au 24 mai 1811. Il décéda à 58 ans.

1810

Peu à peu, les passions révolutionnaires s'apaisèrent, et avec l'Empire, le calme revint. En 1810, à nouveau, le château de Bailly changea de propriétaire, Le 20 décembre 1810, en effet, Monsieur Jean-Baptiste Viallet-Desgranges le vendit M. Jean-François-Tranquille Quenouille, négociant à Dieppe, époux de Rose-Victoire Colette, dite Olivier, en l'étude de Mr Boisseau, notaire à Dieppe.

1815

Pendant les Cent Jours, le manoir de Montigny (ferme Crèvecoeur) servit alors de cachette à un sous-préfet de Dieppe, M. Lepelletier de Saint-Fargeau, pour l'échapper à la police de Napoléon.

1826

Quatre enfants se partagèrent la succession et, suivant contrat passé devant Mr Lapierre, notaire à Dieppe, le 30 décembre 1826, cédèrent le château ainsi que le bois de Bailly à M. Louis-Edouard Hesnard, ancien notaire, vivant de ses revenus, époux de Sophie-Adèle Daillier, demeurant à Envermeu.

1829

L'abbé Lefebre, alors curé de Bailly, étant décédé, c'est l'abbé Gauger qui lui succéda le 22 juin 1829.

1836

En cette année, fut construit par M. de Foville, famille normande maintenue dans sa noblesse le 18 mars 1667, le pavillon de Montigny. Ce domaine, ainsi que le pavillon devint la propriété de la famille Warralk, de nationalité anglaise en 1855. C'étaient les grands-parents de M. Henri Langlois, propriétaire actuel

1840

Le château de Bailly, en cette année, changea une fois de plus de propriétaire. En effet, le 12 juin 1840, les époux Hesnard-Daillier le vendait à M. Antoine-Mexandre de Saint-Ouen de Pierrecourt, propriétaire vivant de son revenu, demeurant au château de Bosgouet, canton de Routot (Eure) par acte Mr par Me Guébert, notaire à Envermeu. Ce nouveau propriétaire était d'ailleurs fils d'Antoine de Saint-Ouen et d'Angélique Levaillant de la Fieffe, précédents propriétaires. Cette acquisition eut lieu pour le prix principal de 26.700 francs. L'année précédente, le 30 mai 1839, M. et Mme Hesnard avaient par ailleurs vendu à M. Charles-Adrien Vincent, juge de paix à Dieppe, le bois de Bailly, ayant la même origine que le château, dont il dépendant. (Acte passé devant Mr Binet, notaire à Dieppe). D'après l'acte de vente, le château alors consistait en : 1° – Un terrain en nature de jardin, vergers et bosquets contenant environ 1 ha 25 ares 90 ca, enclos de murs des quatre côtés appartenant au fonds et dans lesquels se trouvaient deux maisons d'habitation. Ce terrain était édifié du château, d'un bâtiment à usage d'écurie et de remise, d'un autre bâtiment à usage d'étable et de bûcher. 2° – Une maison d'habitation appuyée contre un des murs du château, avec jardin en dépendant. 3° – Ses terrains (sic) plantés d'arbres fruitiers et de haute futaie se trouvant à l'extérieur en face et à côté des murs du château. Le tout borné d'un côté par la cavée Roquin, d'autre côté le chemin d'Etrimont à Bailly, d'un bout. la rivière, et d'autre bout le sieur Cayeux.

1842

La moitié du château et la moitié du jardin potager étaient occupés par l'abbé Gauger, curé de Bailly, moyennant un loyer annuel de 200 francs plus les charges foncières. Le village était prospère. En 1800 il avait compté 643 habitants. En 1842 on en dénombrait 652 pour passer à 850 en 1850.

1850

C'est A partir de cette époque, que petit à petit, Bailly, comme beaucoup d'autres communes rurales, devait voir sa population diminuer. En 1877, elle tombait à 765.